La Stigmatisation

La meilleure arme contre la stigmatisation en santé mentale : L'ÉDUCATION

Tous les spécialistes de la psychiatrie moderne sont d'accord pour dire que le soutien de l'environnement immédiat et la volonté active des individus affectés par une condition en santé mentale sont deux des éléments les plus importants en vue d'un rétablissement et d'une réinsertion au sein de la collectivité. Or, pendant le temps de la réadaptation d'un trouble de santé mentale, nombreux sont les obstacles auxquels les personnes atteintes font face. Parmi ces difficultés, celle qui semble être en tête de liste est la stigmatisation. En d'autres mots, cette stigmatisation consiste à imputer un blâme en public ou en privé à une personne à laquelle se greffe un ensemble de caractéristiques négatives reliées, dans ce cas, à sa condition psychologique. Comme le démontrent plusieurs études, le champ lexical ou les mots généralement utilisés face à leur égard sont souvent ceux d'un individu perçu comme « faible », « lâche », « fragile », « imprévisible », « dangereux » ou « moins intelligent ». Pourtant, cette vision des choses est loin de coller à la réalité quotidienne et à l'état véridique d'une personne qui compose directement avec les foudres d'un trouble de santé mentale.

Dans ce cas, comment combattre la stigmatisation autour de la santé mentale? Alors que plusieurs études tendent à démontrer que l'éducation joue un rôle majeur dans la manière dont nous percevons les maladies psychiatriques, la question est plutôt de savoir d'où provient cette éducation et comment elle s'exprime; est-ce de la télévision, des films, d'Internet, de l'information disponible dans notre entourage, de l'expérience pratique, de l'éducation scolaire formelle ou de celle dite informelle?

La réponse à cette question, est que notre façon de concevoir la psychopathologie provient de tous ces médiums parce qu'ils font tous partie du paysage de notre univers social. Comme exemple plutôt sombre, le film populaire Vol au-dessus d'un nid de coucou (One Flew Over the Cuckoo's Nest) a gravé et façonné l'imaginaire collectif en portant un coup dévastateur à l'image de ceux qui vivent avec le spasme d'une telle maladie. De plus, à l'ère de la démocratisation numérique de l'informatique, l'information circule dorénavant plus librement, mais cette fluidité, en renouvellement perpétuel, n'est pas pour autant gage d'une quelconque véracité, d'où l'importance, plus que jamais, d'entreprendre un dialogue constructif et pragmatique pour mettre à rude épreuve la stigmatisation, les préjugées et la discrimination systémique qui sévissent tous sur la base quotidienne des troubles de santé mentale. D'ailleurs, pour engager un tel dialogue, des études démontrent que l'éducation formelle, c'est-à-dire celle décernée à travers les institutions académiques reconnues, favorise l'ouverture d'esprit et une meilleure compréhension envers les autres ou, dans notre cas, envers ceux qui composent avec une telle affectation d'ordre psychologique.

Or, paradoxalement, plusieurs individus qui n'ont jamais eu le privilège de fréquenter une institution académique dite supérieure sont parfois beaucoup plus compréhensifs et empathiques envers les troubles de santé mentale que ceux ayant pu bénéficier d'un niveau d'enseignement postsecondaire. Sous ce registre, pour certains, un contact direct, étroit, soutenu et pratique avec un une personne atteinte d'une condition en santé mentale peut s'avérer aussi formateur, sinon plus, qu'un cursus académique digne d'une université québécoise.

Au-delà de ces considérations, en ce qui concerne la circulation de l'information et la question de l'éducation, il faut également s'interroger sur les raisons pour lesquelles certains individus sont plus empathiques, sensibles, optimistes, tolérants, ouverts d'esprit, intransigeants, stigmatisant ou non que d'autres devant les mêmes personnes ayant ou souffrant d'une telle condition psychiatrique.

Dans cette perspective, tous ne sont pourtant pas égaux devant les mêmes sources d'informations disponibles en vue de porter un regard objectif face à la stigmatisation, aux tabous, aux préjugées et à la discrimination face à ceux qui souffrent, silencieusement et souvent en solitude d'un trouble de santé mentale. De même, devant une société qui projette trop souvent des perceptions caricaturales de telles conditions, les gens n'ont pas tous accès à la même information crédible, à l'éducation scolaire formelle ou à l'apprentissage informel pour se faire une idée plus juste de l'état de la situation en ce qui touche cet enjeu social où il y a certainement urgence d'agir.

De ce point de vue, devant l'explosion des taux de psychopathologie aux quatre coins du globe, il est impératif de développer de vastes politiques de santé publique en partenariat avec diverses initiatives afin de démystifier la santé mentale pour le bien commun de tous. Ainsi, collectivement, nous n'avons certainement pas les moyens de nous priver des compétences, de la créativité, des connaissances et de l'expérience des gens souffrants de problèmes de santé mentale, afin de faire fructifier et rayonner tout le potentiel des gens qui appartiennent à une même collectivité comme celle du Québec.

Enfin, à titre d'exemple, l'histoire regorge de grands créateurs, visionnaires, artistes ou scientifiques qui ont connu une renommée internationale et un succès sans précédent, et ce, malgré la présence d'un trouble de santé mentale. Pour plusieurs d'entre eux, paradoxalement, la méconnaissance, l'ignorance, les préjugés et la stigmatisation face à leur maladie, qui s'exerçaient sur eux, n'ont fait que potentialiser, renforcer et favoriser leur volonté de se dépasser pour renverser le lourd fardeau de la psychopathologie et de la perception collective de la maladie mentale qui les affligeaient pourtant.

Cet article est rédigé par Jean-Patrick Ménard, étudiant à la Maîtrise en Sciences Sociales, Université d'Ottawa, « La stigmatisation de la maladie mentale »