Famille

QUEL EST LE RÔLE DE LA FAMILLE AVEC UN JEUNE ADULTE ATTEINT D'UN TROUBLE DE SANTÉ MENTALE?

Un des joueurs importants dans la réhabilitation d'un jeune adulte vivant avec un trouble de santé mentale est sa famille immédiate, car celle-ci est :

  • Intimement liée dans sa vie de tous les jours;
  • La première à voir les changements se produire;
  • Préoccupée le plus par son bien-être;
  • Affectée directement par son mal-être.

IMPORTANCE ET IMPACT
Selon les derniers rapports soumis par la Commission de la santé mentale du Canada et le Commissaire à la santé et au bien-être du Québec (CSBE), le réseau de la santé a enfin reconnu qu'il ne peut agir en vase clos sans la participation active de la famille. La mère, souvent la personne la plus affectée dans ce processus, se retrouve souvent seule à tenter de trouver les pistes de solution. Ces changements dans une vie et ces stress additionnels ont un impact sur la qualité de vie de toute la famille et tout particulièrement de la personne la plus proche de la personne affectée, soit la mère.

La vie n'est plus la même lorsqu'un de nos enfants est affecté par une maladie. Parce que le parcours est long et difficile, un parent peut ressentir l'épuisement, la fatigue et le découragement à gravir toutes les étapes pour soutenir son enfant. Dans le contexte de la santé mentale, ce parcours est encore plus accentué à cause des difficultés à trouver l'aide et l'assistance requise ainsi qu'en raison de la stigmatisation qui persiste, malgré les efforts concertés afin de la briser.

STEPP est très conscient de cette dure réalité. C'est pourquoi STEPP désire soutenir et aider les familles à trouver les pistes de solution nécessaires pour éliminer les pertes de temps et d'énergie qui y sont associées.

EXPÉRIENCE PERSONNELLE
Cette section est rédigée par la fondatrice suite à son expérience personnelle avec sa jeune fille et son expérience auprès des nombreuses ressources disponibles pour soutenir les familles, telles que l'AQPAMM, AMI-Québec, les Amis de la santé mentale à Dorval, l'Institut Victoria, les services d'urgence des grands hôpitaux, le médecin de famille. 

Forte de ses rencontres avec les intervenants et les professionnels de la santé, de ses nombreuses lectures, de ses formations en psychoéducation ainsi que de sa propre expérience, elle partage les éléments importants qu'elle a retenus et dont elle veut vous faire bénéficier afin de réduire le temps d'attente et les embûches dans votre parcours vers les solutions.

COMPOSER AVEC LE SYSTÈME EN PLACE
Le système de la santé mentale est loin d'être parfait. Nous souhaitons tous que les ressources disponibles puissent offrir un soutien rapide, mais il faut laisser au temps de faire les changements requis tant dans les structures que dans les attitudes envers la santé mentale. Nous y parviendrons si vous vous impliquez, prenez le temps de vous informer et de collaborer avec les professionnels.

Plus vous serez informé, plus vous serez impliqué, plus vous aurez des chances que votre jeune retrouve un sens à sa vie et un équilibre.  En étant présent dans le processus, vous vous impliquez alors dans la réhabilitation de votre jeune en difficulté.  

Au Québec, il existe le cours de premiers soins en santé mentale de la CSMC. Le cours de premiers soins en santé mentale de la CSMC, offert au Canada depuis plus de quatre ans, veut enseigner aux gens comment réagir dans des situations d'urgence liées à la santé mentale. Il leur permet ainsi de mieux gérer l'apparition ou le développement de troubles mentaux potentiels chez eux, un membre de la famille, un ami ou un collègue. Ce programme n'enseigne pas aux gens à devenir thérapeutes, mais à reconnaître les signes et les symptômes liés aux maladies mentales, à prodiguer les premiers soins et à guider la personne vers les services d'aide appropriés. Il s'agit en quelque sorte d'un programme qui permet de former des sentinelles en santé mentale, un peu sur le modèle québécois des sentinelles en prévention du suicide. Source : CSMC, 2008.

« Les aidants, membres de la famille ou du réseau de soutien élargi, sont essentiels au rétablissement de la personne aux prises avec un trouble mental ou une maladie mentale. Ils aident notamment leurs proches à s'y retrouver dans le système de santé mentale et à accéder aux services, assurent le transport, font des demandes de services et offrent un soutien social, financier et émotif. Comme ils prodiguent le plus gros du soutien à l'ami ou au parent atteint d'une maladie mentale, les aidants peuvent parfois être exténués ou dépassés par la situation. Malheureusement, la société a tendance à sous-estimer et à marginaliser leur contribution à la prestation des soins ou au rétablissement ainsi que les répercussions de leur rôle sur leur propre bien-être. »
Commission de la santé mentale du Canada : Site Internet : Enjeu : Aidants

QUELLE EST L'IMPORTANCE DE L'IMPLICATION FAMILIALE?

  • Vous vous posez des questions sur le comportement de votre enfant?    
  • Vous vous demandez si celui-ci est à un stade normal de la transition entre l'adolescence et l'âge adulte?
  • Vous soupçonnez quelque chose de plus sérieux?

Si c'est le cas, il est important de vous arrêter et d'examiner plus en profondeur les comportements que vous soupçonnez être hors-norme.

Si une situation s'avère sérieuse, en ayant pris conscience rapidement de la problématique, vous aurez l'occasion de la prendre en main dès le début en vous donnant ainsi la chance de faire le nécessaire afin de traiter une condition sérieuse sous-jacente et ainsi réduire les impacts à long terme.

Si, par ailleurs, votre enfant n'est pas affecté par une condition sérieuse de santé mentale, vous aurez eu la chance de vous rapprocher de lui, de le comprendre et de développer une relation solide et durable.

RÉALITÉ D'UN JEUNE
Un jeune adulte, de par sa nature, est vulnérable, manque d'assurance, souffre d'insécurité, est confus, souffre de peurs, veut se séparer de ses parents et devenir autonome, mais est souvent inconscient et, surtout, n'ose pas demander de l'aide de peur d'avoir l'air incompétent et immature.

Souvent, dans des situations difficiles, à cause de ce manque de connaissances et cette inexpérience, il ne comprend pas ce qui se passe, ne sait pas comment se sortir de son dilemme et ne demande pas l'aide dont il a besoin.

De plus, une personne qui souffre d'un problème de santé mentale n'a souvent pas le recul nécessaire pour comprendre qu'elle souffre d'un tel problème. D'une façon ou d'une autre, voilà pourquoi votre implication et votre soutien sont essentiels à son bien-être et à son rétablissement.

QUELS SONT LES SIGNES DÉMONTRANT QUE MON JEUNE EST EN DIFFICULTÉ?

Chaque situation est différente et chaque individu a ses particularités. Vous connaissez votre enfant mieux que quiconque; il est donc important de porter une attention particulière aux signes qui dérogent de ce que vous avez l'habitude de percevoir comme normal chez votre enfant. Il se peut que ce soit une chose en particulier ou un ensemble de choses qui font que vous vous posez des questions. Souvent, un parent peut penser que ces changements sont dus à la transition entre l'adolescence et l'âge adulte, mais si ceux-ci sont persistants et plus accentués que ce que vous pensez être « normal », il est préférable de s'attarder à la situation que de laisser la laisser empirer.

COMBINAISON D'ÉLÉMENTS
La simple présence de symptômes n'est pas suffisante pour considérer la présence d'un problème ou d'un trouble de santé mentale. Effectivement, les différents symptômes que vous remarquez, tel que l'anxiété, la tristesse, les sautes d'humeur ou la dépression, doivent être accompagnés par un changement ou une détérioration du fonctionnement dans différentes sphères de la vie de la personne, que ce soit sur le plan scolaire, de ses relations interpersonnelles ou familiales. Bien entendu, les symptômes identifiés doivent être directement reliés aux difficultés fonctionnelles du jeune.

En fait, c'est la combinaison des symptômes avec une détérioration du fonctionnement qui indique la présence d'un problème de santé mentale.

DURÉE
Si les symptômes et la détérioration durent depuis longtemps, vous avez raison de vous alarmer. La définition de « longtemps » peut varier selon le symptôme. Selon le type de problème rencontré, la durée peut varier entre deux semaines à trois mois.

QUANTITÉ ET INTENSITÉ DES SYMPTÔMES
Un ou deux symptômes d'une santé mentale en difficulté ne sont pas pour autant un trouble de santé mentale. Toutefois, si au fil du temps vous remarquez que les symptômes s'accumulent et deviennent plus intenses, il est définitivement temps de se mettre en action afin de l'aider.

Lorsque ces symptômes s'accumulent dans une variété d'environnements, tel qu'à la maison, à l'école ou avec les amis, l'importance de consulter prend tout son sens. Il est d'autant plus important de parler avec un professionnel de la santé si les symptômes que vous avez identifiés sont validés par l'entourage du jeune adulte, comme son professeur.

Afin de déterminer si les symptômes ont raison de vous inquiéter, voici les éléments considérés par les professionnels de la santé, selon le Dr Peter Szatmari, pour une évaluation du degré de sévérité d'un problème de santé mentale.

DÉTÉRIORATION DU FONCTIONNEMENT
Voici quelques pistes pour vous accompagner dans votre réflexion quant aux changements dans le fonctionnement de la personne.

Isolement
Votre enfant passe de plus en plus de temps seul. Il ne voit plus ses amis, même ses meilleurs amis. Il passe beaucoup de temps dans sa chambre ou devant l'ordinateur. Il se retire de toute activité sociale. Il est difficile de lui parler. Il ne démontre aucun intérêt aux discussions animées autour de la table à l'heure des repas.

Il est important de noter l'évolution de cet isolement afin de constater si celle-ci sous-entend un problème plus profond.

L'importance accrue de ses amis et de sortir
Votre jeune adulte investit de plus en plus de temps auprès de ses amis. Il met toute son énergie dans les activités extérieures au détriment de ses activités favorites telles que le sport. Il délaisse ses études pour le plaisir de clavarder avec ses amis.

Votre jeune adulte rentre de plus en plus tard, les sorties sont de plus en plus fréquentes, vous ne connaissez pas ses nouveaux amis et il vous est impossible de les rencontrer. Votre jeune adulte a de la difficulté à fonctionner et à récupérer. Tous ses autres centres d'intérêt sont délaissés.

Cela peut démontrer une tendance vers des activités qui auront un impact profond sur son futur. Il se peut que la boisson et la drogue soient devenues ses nouveaux amis.

Manque d'intérêt 
Que ce soit dans ses études ou pour ses activités favorites, votre jeune peut démontrer une perte d'intérêt. Il manque de dynamiste pour faire les activités qu'il faisait facilement auparavant. Il refuse d'aller à l'école malgré tous vos efforts. Il est possible que ce soit passager. Si, par contre, ça persiste, cela peut démontrer un problème plus grave.

Ses habitudes de vie laissent à désirer
Il est vrai que les adolescents sont souvent en désordre. Par contre, si vous remarquez que l'hygiène personnelle de votre jeune ado a pris un tournant vers le pire et qu'il ne prend plus le temps de faire sa toilette personnelle aussi régulièrement qu'il en avait l'habitude et que ce processus est devenu une corvée qui a perdu toute son importance, il est important de prendre note de cette nouvelle tendance, car il se peut que ce manque d'hygiène indique un problème plus profond.

Évènement spécifique déclencheur
Souvent, des situations spécifiques peuvent déclencher des comportements et des réactions ayant des répercussions à long terme. Plusieurs types de situations peuvent engendrer une réaction vive ou miner le moral du jeune qui a alors de la difficulté à composer avec tous les aspects de sa vie. L'incertitude du futur amène donc un stress et de l'anxiété qui amplifie la situation en créant un tourbillon.

Quel type de situation peut créer un effet sur un jeune? En fait, il s'agit de l'expérience subjective du jeune. En d'autres mots, toutes les situations sont susceptibles de créer un déséquilibre chez un jeune, tout dépend de sa perception. Qu'il s'agisse d'un contexte de séparation, de disputes parentales, de l'absence d'un parent, d'un échec scolaire, de la perte d'un ami ou d'un surplus d'activités, il est important de porter attention aux situations vécues par votre jeune.

SYMPTÔMES ET VIGILANCE
Si votre enfant démontre des symptômes, tels que : 

  • tristesse;
  • anxiété;
  • irritabilité;
  • agressivité;
  • passivité;
  • impulsivité.

Soyez alerte et prenez le temps d'examiner ces signaux indiquant possiblement des difficultés personnelles.

Tout changement dans les comportements ou dans l'attitude de votre jeune devrait déclencher un signal d'alarme. Il est alors nécessaire de valider vos constatations afin de vérifier si ce sont des symptômes passagers ou s'ils cachent une détresse plus importante.

Si vous remarquez que votre enfant a des comportements qui deviennent de plus en plus persistants et qu'ils sont en contradiction avec ses comportements habituels, votre première alerte devrait être déclenchée.

Parfois un problème apparent peut en cacher un autre  et ainsi vous empêcher de voir la vraie nature du problème, tel que des épisodes d'intimidation, de la difficulté avec un professeur plus strict, un divorce ou la séparation des parents, ou d'autres évènements stressants de sa vie.

De par notre ignorance sur le sujet de la santé mentale, notre manque d'information ainsi que les préjugés et les tabous entourant ces désordres, nous pensons souvent que ces signes ont d'autres origines. Si vous vous surprenez à dire ou à entendre des expressions telles que « c'est un enfant gâté », « il veut juste de l'attention », « il est méchant, c'est un mauvais garçon », sachez que les enfants, en général, ne sont pas méchants et ne veulent pas causer de problèmes.

Si c'est le cas, c'est qu'il demande votre attention sans le savoir, ils appellent à l'aide – ne le prenez pas comme un irritant ou une attaque personnelle. Il est important de s'en occuper et de ne pas laisser les choses se détériorer.

Il est plus prudent d'être très vigilant en ce qui a trait aux problèmes de santé mentale et de ne pas remettre à plus tard une intervention qui pourrait prévenir l'aggravation du problème. Il est important de porter attention à tous les signes et changements de comportement de son enfant.

Si certains de ses comportements et symptômes sont une source de soucis et d'inquiétude, il est préférable de vous questionner, de vous informer, de consulter et de demander l'avis de professionnels pour vous assurer que vos soupçons sont bien fondés.

Il existe plusieurs avenues pour obtenir les confirmations et l'assurance dont vous avez besoin pour aider à éliminer tout doute vis-à-vis une condition possiblement plus sérieuse et afin d'aider votre enfant à bien fonctionner et réussir. Et surtout, pour vous assurer qu'un problème plus important n'est pas en gestation.

COMMENT VALIDER LE FAIT QUE MON JEUNE A DES PROBLÈMES?

Il se peut que vous ne reconnaissiez plus votre jeune, que la communication entre vous deux soit coupée ou qu'elle soit même inexistante. Avant que la situation s'aggrave, il est important de valider et de vérifier ce qui se cache derrière ses comportements.

La plupart des jeunes qui souffrent d'un problème de santé mentale ne sont pas conscients de ce qui se passe. Il en revient donc à leur entourage de remarquer les signes avant-coureurs d'un problème plus sérieux.

Souvenez-vous que les problèmes de santé mentale sont des conditions où les comportements éclosent en dernier, après que la maladie ait commencé, et où les conditions apparaissent très tôt dans la vie, soit 50 % avant l'âge de 14 ans et 75 % vers l'âge de 24 ans.

Vous pouvez tenter de vous rapprocher en lui offrant un espace où il pourra s'exprimer. Il a besoin d'être écouté, soutenu et accompagné sans être jugé. Vous pouvez lui poser des questions simples sur votre inquiétude pour l'amener à se confier. Il est important de ne pas accuser et de ne pas juger; il faut garder son sang-froid et son calme, sinon vous risquez d'augmenter sa réticence à se confier. Souvenez-vous de choisir un moment opportun où vous serez tous les deux dans un état d'esprit d'ouverture et d'accueil. 

Si vous sentez de la résistance, vous pourrez toujours valider vos inquiétudes auprès d'autres personnes dans son entourage.

Amis
Vous pouvez contacter certains de ses bons amis afin de valider vos soupçons et échanger avec eux pour voir si des comportements similaires de ceux observés à la maison ont été détectés dans leur environnement social. Un simple appel téléphonique, une visite ou un petit café pourrait aider à vous éclairer.

École
Il est important de valider si les comportements de votre enfant ont un impact sur sa réussite scolaire. Il se peut que s'il existe un problème réel, votre enfant ne vous communique pas tous les détails. Il est possible de prendre rendez-vous avec la direction de l'école afin de leur faire part de vos inquiétudes pour valider vos hypothèses, et également pour obtenir leur collaboration en portant une attention particulière à tous changements.

Travail
Si votre enfant travaille, il est important de vérifier si de fait, il se rend à son travail comme prévu. Une petite visite impromptue (si possible) peut vous rassurer sur la rigueur de cette activité. Parfois, lorsque des troubles sont sous-jacents, les responsabilités peuvent devenir trop grandes pour le jeune en détresse.

Recherche sur Internet
Il est maintenant possible de trouver de l'information sur les symptômes et les signes avant-coureurs de la maladie mentale sur le Web, tel que vous le faites maintenant avec STEPP. Beaucoup de travail a été fait au cours des dernières années pour informer la population de la problématique entourant ce fléau.

Par contre, il est important de se rappeler que ces informations ne sont pas des diagnostics, mais plutôt des pistes pour vous accompagner dans la recherche de réponses liées à votre situation. Si vous croyez que vos observations sont valides, un diagnostic officiel pourra probablement être émis par un professionnel de la santé.

Professionnels de la santé
Pour valider vos doutes, la piste la plus fiable et sure est de consulter un professionnel de la santé. Vous pouvez parler avec votre médecin de famille, visiter un CSSS ou appeler un psychologue pour discuter de vos observations et de votre besoin de valider la situation auprès d'eux.

Ces professionnels seront en mesure d'évaluer la situation en prenant en considération tous les symptômes afin d'en arriver à un pronostic et vous guideront vers les prochaines étapes, dont la visite d'un psychiatre par exemple.

Parlez-en à votre médecin
C'est vous qui connaissez le mieux votre enfant. Si vous êtes inquiet et vous pensez qu'il a un problème, demandez à votre médecin de famille pour une évaluation de santé physique et mentale. Parallèlement, vous pouvez demander la perspective de son entourage, comme ses professeurs ou son entraineur.

Lors d'une consultation, les médecins ne peuvent pas toujours saisir toutes les nuances et les subtilités de la situation vécue par le jeune. Votre opinion en tant que membre de la famille est donc importante. Documentez vos observations afin de les partager avec le médecin. De plus, organisez vos idées afin de vous donner l'assurance et la confiance nécessaire. Au besoin, insistez afin d'évaluer toutes les pistes et les possibilités.

PEUT-ON PRÉVENIR LES TROUBLES DE SANTÉ MENTALE?

De saines habitudes de vie, un bon environnement familial, un encadrement, une bonne alimentation, des activités sociales, de l'exercice physique, du sport, de bonnes relations interpersonnelles sont tous des éléments qui contribuent à maintenir un bon équilibre mental et physique. Par contre, des prédispositions génétiques, des évènements déclencheurs, l'utilisation de drogues, des perturbations dans l'environnement familial ou auprès des amis peuvent être des sources qui contribuent à déclencher une condition en santé mentale.

De par sa complexité et des éléments variés reliés aux problèmes de santé mentale, il peut être impossible pour une personne de prévenir l'apparition d'une maladie. Par contre, plus les symptômes et les comportements déclencheurs sont identifiés et traités rapidement, plus le jeune touché a des chances et des possibilités de s'en remettre sans trop de séquelles et vivre une vie saine et équilibrée.
C'est avec sa collaboration, de bons soins, les bons médicaments, les bons traitements, une bonne attitude et un soutien de son entourage que les séquelles et les effets négatifs à long terme pourront être réduits

À QUOI EST-CE QUE JE DOIS M'ATTENDRE SI MON JEUNE A DES TROUBLES DE SANTÉ MENTALE?

Dans le cas de problèmes de santé mentale, les pistes ne sont pas tracées d'avance, déjà que ce parcours difficile demande à la personne touchée une acceptation de se prendre en main. Il demande une implication soutenue et continue de la part de la famille. Sans la participation, le soutien, l'encouragement et l'amour de sa famille, votre jeune adulte ne parviendra pas à s'en sortir ou, du moins, rendra ce parcours plus difficile.

Il est important de rester vigilant et de porter attention à tous les signes. Si, malgré tous vos efforts, vous continuez d'être inquiet et préoccupé par le comportement « bizarre » et le manque de communication avec votre jeune, il est possible et important de solliciter du soutien externe afin de prendre les mesures nécessaires pour vous assurer du bien-être de votre adolescent et du vôtre.

De faire face à une telle situation peut drainer votre énergie. Les symptômes de conditions en santé mentale sont souvent difficiles à cerner; ils sont insidieux, sournois et progressent parfois lentement. Le problème peut être confondu avec des agissements d'un passage de l'adolescence à l'âge adulte normal.

Pour vous rassurer, plusieurs avenues sont possibles. Il existe plusieurs organismes communautaires et professionnels ayant la formation adéquate pour vous accompagner dans un tel questionnement et cheminement.

Le soutien des professionnels vous rassurera et validera vos inquiétudes. Si une situation sérieuse est en préparation, vous pourrez obtenir l'appui et les ressources requises pour faire face à toute éventualité.

Seul, le système de la santé ne peut à lui-même parvenir à aider votre enfant. C'est la combinaison de votre médecin de famille, de médicaments, d'un thérapeute professionnel, des organismes communautaires et de la famille qui permettra sa réhabilitation.

COMMENT AIDER MON JEUNE?

Il est évident, en tant que parent, que l'on veuille aider son enfant et que sa souffrance nous touche directement. Vous êtes inquiet et vous voulez l'aider, c'est une réaction normale. Par contre, il faut se souvenir qu'en tant que parent, votre rôle est différent que celui d'un thérapeute. Il faut en être conscient afin de ne pas confondre le rôle important que vous pouvez jouer avec celui des professionnels.

LE RÔLE DES PARENTS
La tâche d'un parent est de suivre son enfant tout au long de son processus de rétablissement, de le soutenir et de le guider, mais non pas de le guérir. Votre implication émotive et physique vous met dans une situation délicate et votre relation en tant que parent vous empêche d'avoir le recul nécessaire pour jouer ce rôle et l'aider adéquatement.

Il faut donc reconnaitre vos compétences et vos limites. Vous ne pouvez pas sauver votre enfant, mais vous pouvez le soutenir et l'accompagner à trouver l'aide dont il aura besoin dans son processus de rétablissement.  

Rappelez-vous que vous aurez besoin de doigté. Il se peut que le processus prenne du temps, car il est souvent difficile d'amener un être cher à consulter.

Selon le Dr Peter Szatmari, les jeunes veulent communiquer avec nous, même si nous avons l'impression qu'ils ne veulent pas. Une des choses importantes pour un parent est de garder la ligne de communication ouverte, et ce, malgré les obstacles et les désastres vécus. Mettre des mots sur ce qu'il vit peut lui être difficile et peut prendre du temps afin d'y arriver.

COMMENT FAIRE
Pour garder les canaux de communication ouverts, voici ce qu'il suggère :

1. Prêcher par l'exemple 
Prenez soin de votre propre santé mentale et de vos relations avec les autres. Les jeunes adultes apprennent par nos gestes plus que par nos paroles. Cela peut être une bonne base de référence pour eux afin de se prendre en main.

2. Démontrer votre amour
Si vous démontrez un environnement chaleureux où l'ouverture et l'amour règnent sans jugement et sans critique, vous aurez plus de chance de les joindre.

3. Partager 
Lorsque les conversations sont amicales, votre jeune a plus de chance de s'ouvrir et de partager ce qui le préoccupe. Lorsque le dialogue existe et que vous partagez vos propres expériences vécues au même âge, vos défis et vos frustrations, cela aidera à relativiser leur propre expérience.

4. Donner toute votre attention
Afin de bien communiquer avec votre jeune, utilisez tous les moyens à votre disposition, que ce soit le raccompagner chez un ami, aller à son match de hockey, faire une activité avec lui ou l'inviter au petit café du coin. S'intéresser et assister à ses activités sportives, culturelles ou s'impliquer dans ses passe-temps démontre votre intérêt pour ce qui est important pour lui, ce qui le passionne.  

Dans tous les cas, assurez-vous de fermer votre cellulaire, de laisser tomber votre liste de choses à faire et donnez-lui toute votre attention, et ce, à tous les jours. Si vous prenez le temps de consacrer votre attention vers lui, vous verrez que la relation avec votre jeune se transformera et qu'une ouverture suivra.

Si votre enfant sent que vous êtes présent, engagé et réceptif à ce qu'il vous dit, il aura plus de chance qu'il partage sa vie et ses soucis. Si vous êtes captivé par ce qui l'intéresse et s'il sent que vous êtes touché par ses problèmes petits ou grands, il se sentira à l'aise de partager ses pensées et ses angoisses sans se sentir ridicule.

Souvenez-vous que pour lui, tout ce qu'il vit a de l'importance; c'est sa fondation pour le futur. 

OÙ TROUVER L'AIDE EN SANTÉ MENTALE POUR MON JEUNE?

En tant que parent, vous aurez le rôle de l'accompagner dans son processus de recherche et de le guider vers un médecin pour évaluer sa santé et de poser un diagnostic au besoin. Le médecin sera en mesure d'évaluer si le problème relève d'un problème physique ou si une évaluation d'un spécialiste de la santé mentale est requise.

Selon le trouble, le médecin vous redirigera soit à un psychologue ou à un psychiatre.

Si vous n'avez pas de médecin de famille, vous pouvez vous adresser à un intervenant dans son milieu scolaire pour une première évaluation et, selon vos besoins, il pourra vous recommander à un spécialiste dans le secteur public ou privé. Une autre solution est de vous présenter à votre CSSS local afin d'obtenir une première évaluation.

Une grande majorité de médecins généralistes n'ont pas reçu beaucoup de formations en santé mentale et il se peut que votre médecin de famille ne se sente pas à l'aise de discuter de tels problèmes ou qu'il ne soit pas branché sur le système psychiatrique. Si vous percevez que cela est votre situation, demandez-lui une référence afin que vous puissiez obtenir une évaluation, soit à l'hôpital ou dans un CSSS.

Insistez pour obtenir le nom de ressources additionnelles ou de références afin de raccourcir votre temps d'attente et d'éviter de tourner en rond à la recherche des bonnes ressources. Tant que le système de la santé n'aura pas mis en place tous les outils et les intervenants nécessaires, il faudra composer et demander clairement les services requis.

Dans plusieurs cas et selon la situation, les jeunes peuvent être dirigés vers les cliniques externes de certains hôpitaux offrant des services de psychiatrie. Dans le système de santé actuel, il se peut que plusieurs semaines, voire des mois, s'écoulent avant que vous puissiez consulter un psychiatre.

Hôpital
Si votre enfant est en grande détresse et si la situation est gérable, mais qu'elle demande une attention immédiate, présentez-vous à l'urgence de votre hôpital. En donnant les explications sur les évènements entourant la situation, les professionnels à l'urgence seront en mesure de vous accompagner pour détecter et identifier la présence d'un problème. Ils pourront vous recommander à l'institution qui sera en mesure de vous accompagner dans les prochaines étapes d'évaluation.

En tout temps, lors de ces situations, il est important de garder son calme et de ne pas paniquer. Il est extrêmement important de garder son sang-froid afin de lui offrir la stabilité et la cohérence dont il a besoin. Pensons-y,  il vit actuellement des difficultés!  

Si vous sentez que la situation escalade et qu'elle devient hors de votre contrôle, si votre enfant se met en danger ou si c'est dangereux pour les personnes autour de lui, il est important de contacter le 9-1-1.

LOI POUR VOUS PROTÉGER
Si votre enfant refuse de vous accompagner à l'hôpital, vous pouvez contacter le service de police. La loi P-38 autorise les policiers à forcer une hospitalisation lorsqu'ils jugent que la personne présente un danger grave et imminent pour lui-même ou pour autrui!

Vous devez savoir que la loi protège les jeunes; il sera nécessaire de passer à travers de nombreuses formalités administratives et listes d'attente avant de pouvoir consulter un spécialiste.

Un jeune de 14 ans et plus est en droit de refuser que le médecin partage les informations de son dossier. Par contre, le Commissaire à la santé et au bien-être a établi que le rôle de la famille dans le processus de réhabilitation est très important.

Il s'agit donc de vous impliquer et de démontrer l'importance de votre rôle dans ce processus auprès des spécialistes en santé mentale. Ce sera un travail de longue haleine et vous aurez des moments de découragement. Il faudra faire preuve de vigilance et vous armer de patience.

COMMENT COMMUNIQUER AVEC LES PROFESSIONNELS DE LA SANTÉ MENTALE?

Voici une liste de questions que vous pouvez utiliser pour obtenir de l'information sur les différents aspects du traitement au fil du processus. Ces questions sont des pistes pour vous aider à obtenir les informations qui pourront vous rassurer et vous donner un sentiment de sécurité ainsi qu'une direction plus claire sur l'état de votre jeune adulte.

Il ne s'agit pas de faire un interrogatoire auprès des divers spécialistes, mais plutôt d'utiliser la liste comme un aide-mémoire pour vous rappeler de poser les bonnes questions. Si vous êtes mieux informé, vous serez rassuré. Vous augmenterez vos chances d'obtenir des résultats concrets puisque votre participation active dans le processus va vous permettre de soutenir votre jeune adulte. 

DIAGNOSTIC :

  • Quel est le diagnostic de mon enfant?
  • Comment cette condition va-t-elle influencer la vie de tous les jours de mon enfant?
  • Qu'est-ce que mon jeune a besoin de faire pour son cheminement vers le bien-être?
  • Où peut-on obtenir plus d'information à propos de sa condition?

OPTIONS DE TRAITEMENT :

  • Quelles sont les options de traitement possibles?
  • Quels types d'études et de recherches ont été faits à propos de ces traitements?
  • Quels sont les bénéfices et les risques associés à chaque traitement?
  • Quelles sont les chances que ces traitements puissent vraiment aider mon enfant?

 MÉDICAMENTS :

  • Quels seront les effets du médicament sur son corps et son comportement?
  • Quels autres types de médicaments pourraient être considérés et pourquoi avez-vous choisi ceux-ci?
  • Quelles sont les études effectuées sur ces médicaments?
  • Avec quels types de traitements ou de médicaments ont-ils été comparés?
  • Quelles sont les chances que ce type de médicaments puisse vraiment aider mon enfant?
  • Quels sont les risques et les avantages de ce médicament?
  • Est-ce que ce médicament est contre-indiqué avec ses médicaments actuels?
  • Quels sont les effets secondaires potentiels? Changeront-ils avec le temps?
  • Les effets sont-ils immédiats?
  • Comment mon enfant pourra-t-il savoir si le médicament fonctionne pour lui?
  • Pendant combien de temps mon enfant devra-t-il prendre ces médicaments?
  • Qu'arrivera-t-il si ce médicament ne fonctionne pas pour mon enfant?

COMMENT DÉTERMINER SI LE THÉRAPEUTE RECOMMANDÉ EST LA BONNE PERSONNE?

Voici quelques questions afin de déterminer si le thérapeute proposé sera la meilleure personne pour aider votre jeune adulte. Ces questions servent d'indicateurs pour vous donner des pistes.

Il est important et primordial que votre jeune puisse également se sentir à l'aise et se permette de poser des questions, car après tout c'est lui qui sera en relation avec son thérapeute. Son niveau de confort est essentiel pour développer un sentiment de sécurité et de confiance afin de lui permettre de se confier. 

QUI EST QUALIFIÉ POUR FOURNIR UNE PSYCHOTHÉRAPIE?
Au Québec, tout professionnel outre les médecins psychiatres ou médecins de famille ayant reçu une formation et qui est reconnu par l'Ordre des psychologues peut fournir ce type de service, par exemple :

  • les psychologues;
  • les psychothérapeutes (réglementés et titulaires d'un certificat);
  • les infirmiers;
  • les travailleurs sociaux;
  • les psychoéducateurs;
  • les sexologues.

QUEL TYPE DE TRAITEMENT?
Souvenez-vous qu'une thérapie est un processus qui consiste à poursuivre des objectifs fixés  en commun entre le patient et le thérapeute. Il est essentiel pour le thérapeute et le jeune adulte de travailler en vue du même résultat. La collaboration avec la famille est essentielle afin d'arriver aux résultats escomptés.

EXPÉRIENCE DU PROFESSIONNEL
Voici quelques questions pour valider l'expérience du professionnel :

  • Le nombre d'années de pratique, sa formation, son expérience avec les jeunes adultes?
  • Son expérience avec le trouble que votre jeune présente?
  • Le type d'approche qu'il utilise?
  • Le nombre de patients traités avec cette approche pour des patients ayant des symptômes similaires à votre jeune?
  • Le taux de réussite avec ce type d'approche pour ce type de condition?
  • Combien de séances seront nécessaires avant de voir un changement?

OBJECTIFS
Il est important d'établir des objectifs de thérapie autant pour le jeune et le thérapeute que pour les parents, car cela permettra de cibler des buts précis, d'établir des paramètres mesurables et d'apporter un accent à la thérapie, tout en évitant des déceptions, des frustrations, des attentes et des surprises.
Voici quelques exemples de ces objectifs :

  • Meilleure humeur (ex. : se sentir plus heureux, moins anxieux);
  • Meilleur comportement;
  • Meilleur rendement scolaire;
  • Meilleurs rapports avec son entourage;
  • Meilleures relations familiales.

Souvenez-vous toutefois qu'établir des objectifs dont le jeune n'a pas d'intérêt diminue les chances de réussite. Il est donc nécessaire de partir de ses objectifs personnels afin d'entamer un processus et d'ajouter des objectifs par la suite. Vaut mieux faire de petites réussites graduellement que d'établir des objectifs irréalistes qui feront vivre une situation d'échec à votre jeune.

COMBIEN DE TEMPS DURERA LE TRAITEMENT?
Il est difficile d'établir la durée précise d'un traitement avant de voir les résultats escomptés. Par contre, il est possible de déterminer une période à laquelle vous pourrez :

  • Faire le point sur la situation;
  • Évaluer le progrès;
  • Faire les ajustements nécessaires;
  • Évaluer la relation thérapeutique;
  • Déterminer la prochaine étape.

ET SI MON ENFANT NE VEUT PAS COOPÉRER? (POUR PRENDRE SES MÉDICAMENTS OU OBTENIR LES TRAITEMENTS APPROPRIÉS)

De par la nature de la santé mentale, contrairement à un problème de santé physique, l'organe malade, soit le cerveau, est celui qui est requis pour avoir la distance nécessaire pour évaluer une telle situation. Par conséquent, la personne atteinte d'un trouble peut refuser de prendre ses médicaments et de recevoir ses traitements, car elle n'en voit pas la nécessité ou les bienfaits. Elle peut aussi cesser de les prendre puisqu'elle va mieux et qu'elle ne comprend pas la nature du problème et la nécessité de continuer ses traitements.

Une telle situation donne des résultats désastreux sur la vie quotidienne de toutes les personnes impliquées, soit le patient, la famille et les professionnels de la santé mentale. 

Le patient : Il ne reçoit pas les soins dont il a besoin et il vit les répercussions directes sur sa santé. Par le fait même, la personne ne peut pas mener une vie « normale » et retrouver son équilibre soit en intégrant le travail ou ses activités sociales.

La famille : Cela devient un cauchemar et un fardeau immense causés par l'incertitude, l'incohérence et la confusion créées par les agissements de la personne atteinte d'un trouble.

Les professionnels de la santé mentale : Ils sont dans l'incapacité de mesurer adéquatement l'impact d'un traitement lorsque celui-ci est continuellement perturbé par l'arrêt des médicaments ou des traitements.

Il est donc nécessaire de développer une collaboration étroite entre tous les acteurs impliqués dans le processus du patient, allant des parents au corps médical impliqué dans le processus de réhabilitation.

APPROCHE ÉPROUVÉE
Le docteur Xavier Amador est devenu une sommité dans l'expérience d'accompagner un patient afin de le persuader de suivre son traitement. Cette expertise provient de sa formation en tant que psychologue et de son expérience personnelle, soit d'arriver à faire accepter d'entreprendre un traitement à son frère atteint de schizophrénie.

Le Dr Amador a développé une méthode pour aider les familles et les professionnels de la santé mentale pour inciter les patients à suivre leurs traitements. Vous verrez la méthode détaillée dans son livre Je ne suis pas malade, je n'ai pas besoin d'aide. En lisant les principes de base émis dans son livre et en écoutant ses vidéos, vous pourrez les appliquer dans votre quotidien. Par contre, vous obtiendrez un meilleur apprentissage avec l'aide des organismes accrédités au Québec.

LA MÉTHODE EEAP : Écoute-Empathie-Accord-Partenariat

Écoute-Empathie-Accord-Partenariat, voici les quatre principes de base avec lesquels vous devrez travailler afin de favoriser la collaboration du jeune adulte présentant un problème de santé mentale. Voici un aperçu de chaque phase de cette approche :  

ÉCOUTE
À la base de la méthode EEAP se retrouve l'écoute réflexive. Le concept est assez simple, mais peut être difficile de le mettre en pratique pour un parent. Il s'agit d'écouter la vision de votre jeune pour ensuite lui renvoyer ce que vous comprenez de ses explications sans en changer son contenu ou son intention. Vous voulez reprendre sa perspective! Il ne s'agit pas de commenter ou de désapprouver ses idées et ses opinions. Au contraire, il est essentiel d'accueillir avec curiosité et intérêt tous les énoncés exprimés par votre jeune. Il ne faut surtout pas le juger, mais plutôt apprendre à retenir les idées qui se bousculent dans son cerveau.

Ainsi, la première étape est d'écouter votre jeune pour être en mesure de lui exprimer ce que vous avez saisi, et ce, dans vos propres mots. L'objectif est d'arriver à comprendre son vécu, ses frustrations, ses espoirs et ses désirs. Graduellement, c'est suite à vos réponses et à ses précisions sur sa pensée que le flou autour de sa résistance va s'éclaircir.

Vous aurez alors un aperçu de ce qui se passe dans la tête de votre jeune. Plus il percevra votre compréhension de sa situation, plus il sera favorable à s'ouvrir et à vous parler.

EMPATHIE
L'empathie est le deuxième principe de base de cette approche. Démontrez votre compréhension et votre considération pour votre jeune, peu importe ses idées, car celles-ci sont essentielles à sa collaboration. En d'autres mots, si vous voulez que la personne considère votre point de vue, offrez-lui de considérer le sien en premier!

Le fait d'accorder de l'importance et de la compréhension à votre jeune ne signifie pas pour autant que vous acceptez ses idées. Mais exprimer son empathie à l'être cher favorisera la considération et l'ouverture sur votre opinion et vos inquiétudes.

ACCORD 
Trouver un terrain d'entente peut sembler une tâche extrêmement difficile lorsqu'une personne ne reconnait pas sa maladie. Toutefois, il faut aller au-delà de ce constat afin d'identifier les terrains d'entente qui existent entre vous. Mais comment trouver un terrain d'entente, un point de départ important? La clé se trouve dans votre approche et la formulation de vos questions.

Essayez d'obtenir de l'information sur des aspects qui peuvent lui poser un problème. Une piste importante pour lui faire voir les effets de ne pas prendre sa médication est de lui poser une question du type : « Qu'est-il arrivé lorsque tu as arrêté ta médication? » À l'aide de votre écoute et de votre empathie, votre jeune pourra réfléchir sur son expérience et identifier les effets qui se sont développés quand il a arrêté sa médication. Il sera alors possible pour lui d'identifier des éléments vécus négativement, tels que de la difficulté à dormir, un sentiment d'être perdu, désorganisé.

Si vous êtes d'accord avec ce symptôme, alors vous venez peut-être de trouver le terrain d'entente espéré. À partir des observations identifiées et d'une réflexion, cela permettra l'identification d'objectifs concrets quant à l'importance pour lui de prendre sa médication. Bref, il est important de retenir qu'un terrain d'entente est possible malgré votre désaccord au niveau de la présence ou non d'un trouble de santé mentale. Il ne faut pas forcer l'autre à faire ce que l'on veut qu'il fasse, mais il faut que ce soit lui qui comprenne sa responsabilité et les conséquences de ces décisions sur la qualité de sa vie.

PARTENARIAT
Créer un partenariat avec la personne qui présente un problème de santé mentale consiste en la dernière étape de cette approche. À l'étape précédente, vous avez identifié un symptôme négatif que vous souhaitez les deux voir diminuer. Cela est votre objectif commun. Ici, il s'agit de mettre vos énergies en commun afin d'atteindre cet objectif. Grâce aux étapes précédentes, vous pourrez réussir à établir un plan d'action commun. Une étape à la fois et un objectif à la fois. Il s'agit du début de votre partenariat vers un meilleur équilibre et une vie plus agréable.

Cette approche vous demandera du doigté, de la patience et de la retenue. Votre élan naturel de vouloir lui dire quoi faire (parce que vous savez mieux) devra être redirigé pour parvenir à obtenir sa collaboration et les résultats escomptés. Il ne faut pas oublier le but établi.

QUI PEUT SOUTENIR LA FAMILLE?

Au même titre que votre enfant a besoin d'aide, vous et les membres de votre famille avez également un besoin urgent de comprendre votre rôle pour donner le bon soutien et obtenir le meilleur résultat dans une telle situation. Afin de savoir comment s'y prendre et comprendre la problématique à gérer, lorsqu'une personne de la famille est touchée par un problème de santé mentale, toute la famille est affectée.

LA MALADIE DEVIENT LE CENTRE D'ATTENTION
Lorsqu'une personne de la famille est touchée par un problème de santé mentale, l'accent, l'attention et l'énergie sont totalement dirigés vers la personne ayant un problème qui, par le fait même, cause d'autres problèmes dans le noyau familial.

  • Votre propre bien-être est en jeu, étant donné que vous serez en système d'alerte continuellement. Il est essentiel que vous ayez votre propre système de soutien pour vous épauler dans ce périple;
  • Les autres enfants pourront se sentir délaissés et, dans certains cas, venir à détester le frère ou la sœur. Ils vous blâmeront d'y consacrer trop de temps et critiqueront la demande d'attention qu'ils jugent trop importante, car ils ne comprennent pas la dynamique créée par un trouble de santé mentale;
  • La vie de couple peut aussi devenir compliquée et problématique si votre attention est dévouée au jeune. Il est essentiel que vous preniez du temps juste pour vous deux et d'inclure des activités qui vous sortiront de votre quotidien.

PARCOURS LABORIEUX
Nous savons que le processus est difficile, même pénible et long, que la route vers la réhabilitation n'est pas un chemin droit avec des réponses claires et nettes. Il faudra vous armer de patience et d'amour pour accompagner votre être cher. Il vous faudra demander l'aide dont vous avez besoin pour gravir tous les obstacles qui se présenteront sur votre chemin.

Tant que le système de santé ne sera pas mis en place pour servir la famille et les jeunes d'une façon facile et fluide, vous rencontrerez plusieurs embûches. Demandez à être entendu et demandez de participer au rétablissement de votre enfant. Sans vous, il ne peut prendre les bonnes décisions et à cause de sa maladie, il n'a pas la capacité de le faire seul. Sans vous, il se découragera et abandonnera, car la lutte est trop grande pour ses capacités.

PRENDRE SOIN DE SOI-MÊME

Ressources externes
Il ne faut pas avoir honte de demander de l'aide; c'est un signe de sagesse de savoir lorsque nous sommes dépassés par les évènements, que nos capacités de compréhension ne sont pas adéquates et que nous n'avons pas les compétences requises pour gérer de telles situations.

Il existe des organismes communautaires spécialisés et des professionnels qui ont accompagné des parents comme vous, vivant des situations semblables, et qui ont permis à ces familles de comprendre leur rôle. Ils peuvent vous aider à comprendre votre rôle et vos responsabilités, à progresser vers l'acceptation de la maladie, à mettre vos limites et à obtenir une qualité de vie pour votre famille.

Il est primordial et essentiel de vous informer sur les ressources disponibles et de vous engager auprès d'eux afin d'obtenir l'aide et les outils dont vous aurez besoin pour composer avec une telle situation.

Ainsi, selon les besoins de votre famille, ils pourront vous aider à travers le processus de soutien dont vous avez besoin.

Répit
Étant donné que l'accompagnement d'un enfant atteint d'un trouble de santé mentale n'est pas une chose facile et évidente à accomplir, et que cela demande beaucoup de temps et d'énergie, il est important de prendre du temps pour vous ressourcer.

C'est essentiel pour votre propre survie, pour le succès de votre couple, pour l'harmonie de votre famille et pour la qualité de réhabilitation de l'être cher touché par un trouble de santé mentale. Il est important de prendre du temps pour soi et pour son couple, ainsi que de prendre des moments avec chacun des membres de la famille afin d'échanger sur leur propre vécu dans la situation et sur leur vie personnelle.

Réseau personnel
Pour vous permettre de prendre le temps de vous ressourcer et de passer à travers cette épreuve, vous aurez besoin de votre réseau de famille étendue et de vos amis pour vous aider à équilibrer votre vie, prendre soin des autres enfants et de certaines corvées.

Il se peut que votre famille et vos amis ne soient pas en mesure de comprendre l'ampleur de la situation; candeur et humilité sont de mise face à cet inconnu qu'est la maladie mentale. Demandez de l'aide et du soutien afin de vous sentir épaulé et solide dans ce parcours difficile est essentiel au succès de vos démarches et des résultats souhaités.

Il est donc nécessaire de s'assurer que toute la famille obtienne une meilleure compréhension de la santé mentale et de son impact dans le noyau familial.

SURVIVRE À LA SANTÉ MENTALE DANS LA FAMILLE : RÈGLES D'OR DE STEPP

  1. Souvenez-vous : les problèmes de santé mentale ne sont pas rares;
  2. Renseignez-vous sur le trouble de santé mentale de votre jeune dès que possible;
  3. Ne vous blâmez pas – cela détruira toutes vos chances de faire face à la dure réalité de la vie avec la santé mentale dans la famille;
  4. Consultez et obtenez l'aide de professionnels qualifiés et efficaces;
  5. Contactez les organismes communautaires pour le soutien aux familles;
  6. Joignez un groupe de soutien de parents vivant une situation semblable;
  7. Acceptez que la santé mentale est une chose complexe et que votre instinct naturel n'est pas un bon guide de référence : la famille a besoin de formation en psychoéducation;
  8. Prenez connaissance des pressions familiales présentes;
  9. Prenez soin des besoins des autres membres de la famille;
  10. Souvenez-vous que dans l'accompagnement d'une personne avec un trouble de santé mentale, se donner corps et âme sans limites est une erreur fatale;
  11. Soyez conscient que de passer une quantité de temps démesurée avec la personne ayant un trouble de santé mentale peut empirer la situation;
  12. Conservez vos amitiés, vos activités et vos passe-temps, en particulier ceux à l'extérieur de la maison;
  13. Visez à obtenir un niveau d'indépendance approprié pour vous et votre être cher;
  14. Ne soyez pas surpris de découvrir que votre habileté à vous adapter et à regarder les choses différemment vous distinguera de ceux qui n'arrivent pas à surmonter de telles situations;
  15. Prenez d'abord « très bien » soin de vous. Tout comme dans l'avion lorsque l'on vous dit de mettre votre masque à oxygène en premier avant d'aider les autres. Vous en aurez besoin.

QUE FAIRE SI MON ENFANT A BESOIN D'UNE AIDE IMMÉDIATE?

En tant que parent, il peut nous arriver de nous sentir impuissants devant l'agressivité ou la violence de notre enfant. Pour certains parents, la vie quotidienne devient une peur constante envers la possible violence de notre enfant ou encore de la peur constante de voir notre enfant s'enlever la vie. Alors, que faire dans une telle situation?

1. Informez-vous
Il est très important de s'informer sur la problématique de votre jeune. Plus vous êtes informé, plus vous vous sentirez en contrôle de la situation. Vous serez apte à identifier les différents niveaux de symptômes de votre enfant. En ce sens, vous serez capable de savoir si le comportement qui vous inquiète est normal pour sa problématique ou s'il indique un problème plus sérieux.

2. Utilisez les ressources
Les centres d'appels téléphoniques ainsi que les centres de prévention du suicide peuvent être de très bons alliers. Effectivement, ces ressources ne sont pas seulement présentes pour écouter les personnes en crise; c'est également pour leur famille.

Ainsi, en un appel, ils pourront vous aider à identifier le niveau d'urgence quant à la situation de votre jeune et vos options pour lui venir en aide. Ils peuvent aussi vous référer à des ressources spécialisées pour votre situation, comme des centres de crise où votre jeune pourrait être hébergé et recevoir des soins, s'il le désire.

3. Hôpital
Si la situation est gérable, mais demande une attention immédiate, présentez-vous à l'urgence de votre hôpital. En donnant les explications sur les évènements entourant la situation, les professionnels à l'urgence seront en mesure de vous accompagner pour détecter et identifier la présence d'un problème. Ils pourront vous recommander à l'institution qui sera en mesure de vous accompagner dans les prochaines étapes d'évaluation.

En tout temps, lors de ces situations, il est important de garder son calme et de ne pas paniquer. Il est extrêmement important de garder son sang-froid afin d'offrir de la stabilité et de la cohérence dont votre jeune a besoin. Il ne faut surtout pas aggraver la situation.   

4. En cas de danger imminent, agissez tout de suite
Toutefois, il arrive que le jeune qui souffre refuse toute l'aide qui lui est offerte. Il faut savoir respecter son rythme, mais arriver à lui donner l'information dont il a besoin.

Si vous jugez que votre jeune se met en danger d'une façon immédiate ou qu'il met la vie d'une autre personne en danger, contactez le 9-1-1.

5. Loi pour vous protéger en temps de crise
Ce que vous devez savoir, c'est qu'il existe une loi au Québec, la loi P-38, qui vise la protection des personnes dont l'état mental présente un danger pour elle-même ou pour autrui.

Cette loi, écrite en 1998, est une loi d'exception qui donne l'autorisation aux corps policiers de forcer une personne à une hospitalisation, c'est-à-dire une garde préventive d'une durée maximale de 72 heures. C'est une loi d'exception puisqu'elle va au-delà de la Charte des droits et libertés de la personne en autorisant l'hospitalisation d'une personne contre son gré. Attention! Cette loi ne permet pas de donner de la médication contre le gré!

Ainsi, lors de la garde préventive, une demande d'ordonnance est envoyée au juge afin d'obtenir une évaluation psychiatrique de la personne souffrante, alors nommée une garde provisoire.

Cette loi n'est pas une baguette magique qui va régler les problèmes. Sachez toutefois que si votre enfant présente un danger grave et imminent pour lui-même ou pour autrui (dont vous), cette loi peut vous aider, vous protégez ou sauvez la vie de votre jeune.

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