Digérer le choc

Digérer le choc

Je jour de l’assermentation
Obama a été élu il y a quelques semaines. À l’époque, je ne pouvais pas tenir en place, j’étais dans les nuages, au paradis. Je vivais une euphorie difficile à traduire en mot, une formidable dose d’énergie, une très grosse soif de vivre.

C’est son assermentation aujourd’hui. Je ne sens plus rien, ça m’ennuie. Je ne vais vraiment pas bien. À Washington, dans un froid de canard, un froid de janvier, il met la main sur la bible devant des milliers de personnes. Une page d’histoire s’écrit. Pendant ce temps, ma vie bascule. J’apprends que je suis bipolaire cette journée-là.

Moi qui pensais que j’étais une personne ordinaire avec des problèmes ordinaires, non, je suis quelqu’un avec un trouble de santé mentale. J’ai peur. Je n’arrive pas à me faire à l’idée que je suis maintenant quelqu’un qui n’est pas « normal ». Le choc d’apprendre que je dois prendre des médicaments pour me traiter. Qu’une discussion avec une amie autour d’un café ne suffira pas à combattre mes démons. Le choc. Bipolaire. Le mot résonne dans ma tête. J’ai maintenant un psychiatre. Les pires images me viennent en tête. Je ne me reconnais plus. Je suis un fou, comme dans les films, à l’asile.

Les choses changent
C’est comme ça qu’on se sent lorsqu’on a vingt-deux ans et une vie qui prend un virage que l’on ne veut pas, que l’on n’avait pas vu venir. Mais ce qu’il faut comprendre, c’est qu’au-delà du choc, il y a la guérison, l’espoir, quelque chose comme un soleil qui nous réchauffe, qui nous rassure.

Un diagnostique de maladie mentale, ce n’est pas le début de la nuit, c’est le début de sa fin. On commence à le comprendre, même si ce discours n’est pas assez répandu, mais les médicaments qu’on prend pour nous guérir d’un trouble anxieux, bipolaire, c’est une bonne nouvelle!

On digère le choc. On accepte le diagnostique. On ne fait pas que « vivre avec ». On le dépasse, on utilise sa maladie pour devenir quelqu’un de plus fort.

Répétons-le : le choc du diagnostique passe. Au début, on n’est qu’une maladie. Du moins c’est ce qu’on pense. Mais bien vite, on comprend que la maladie n’est qu’une petite partie de notre identité. On ne s’en fait plus trop, avec les mois qui passent. On digère le choc, on sourit, la vie nous attend. On sourit très fort.

Montréalais, 23 ans.